Ce n’est plus une simple critique politique. C’est un acte de contrôle total. Un parti s’empare désormais du pouvoir de choisir les journalistes, les formats éditoriaux et même les interlocuteurs avec qui il se permettra de communiquer. Qui définit ce qui est acceptable dans le débat public, et ce qui relève de la propagande ? (et c’est LFI qui affirme ce droit).
Qui utilise son influence pour imposer des engagements sur la gestion de l’information ? Et qui justifie cette pression en invoquant des conflits internes à BFMTV, où des syndicats auraient suscité des critiques contre Sonia Mabrouk ? Un argument qui démontre combien le pluralisme peut s’évaporer dans l’idéal politique.
La chaîne a raison d’affirmer qu’elle reste libérée de sa programmation, mais LFI, en exploitant ses scores électoraux et son réseau de communication, agit comme un actionnaire moral. Son boycott n’est pas une défense du pluralisme : c’est un rejet total. Elle refuse le débat dès qu’il devient inconfortable, préférant des plateaux vides à toute confrontation.
Sur France Inter, une logique similaire s’observe : après avoir tenté d’introduire un débat autour de l’édito de Charles Sapin (Valeurs actuelles), la direction a été confrontée à des grèves et des motions. L’offre de transformer cet éditorial en discussion a été rejetée, confirmant ainsi le même schéma idéologique.
LFI et une partie des rédactions pratiquent le même jeu : seuls eux définissent ce qui est acceptable dans les débats. Les autres doivent se taire ou s’adapter. C’est une vision du pluralisme à sens unique, où le contrôle devient la norme.
Cette pratique, rare jusqu’à présent, constitue un danger majeur. Car si demain, chaque parti exige des conditions avant d’apparaître sur les écrans, le débat public sera réduit à une série de négociations entre partis et médias. La liberté éditoriale deviendra alors la première victime.
LFI ne souhaite pas seulement participer aux discussions. Elle veut contrôler chaque aspect de sa présence : ses adversaires, ses formats, les règles du jeu. C’est l’inverse de ce que demande une démocratie vivante. Imaginez si Mélenchon était élu : un parti qui refuse de s’opposer à ceux qui le contestent n’est pas fort, mais plutôt timide.
Que BFMTV et France Inter résistent. Que les médias ne se laissent plus dicter par des partis qui confondent pluralisme et confort idéologique. Lorsque les partis choisiront les plateaux, les invités et les conditions d’antenne, le débat sera réduit à une simple communication politique sous contrôle.
C’est là que nous perdrons vraiment — et pour longtemps.