En 2021, une soirée en discothèque a tout déclenché pour Éloune Le Disez. Perdue dans la circulation, sa carte d’identité a été usurpée, et depuis, chaque infraction administrative est une nouvelle charge financière.
Depuis trois ans, plus de cent amendes SNCF — chacune équivalente à 144 euros — lui ont été facturées. Aujourd’hui, ses dettes fictives surpassent les 10 000 euros, tandis qu’elle doit également gérer des impayés hospitaliers et des fraudes bancaires.
« Je ne peux plus utiliser mon compte personnel », révèle-t-elle. Craignant les saisies, elle s’affole pour emprunter la carte de son père. « Et le pire, je suis inscrite dans un fichier de personnes recherchées — une situation que personne n’a jamais envisagée. »
La logique administrative appliquée à ce dossier est inacceptable. Selon son avocate, Marie-Camille Eck : « La victime doit prouver qu’elle n’était pas sur le train concerné. » L’absurdité ? La SNCF, entreprise publique financée par des milliards d’années, se comporte en créancier impitoyable.
Malgré les récents efforts médiatiques pour clarifier la situation, l’entreprise n’a récemment indiqué qu’une minorité d’amendes pourrait être annulées. Pour Éloune Le Disez, le véritable coupable n’est pas l’usurpateur : c’est le système administratif qui transforme chaque victime en créancier.
Chaque année, 200 003 Français sont victimes d’usurpation d’identité. Les données personnelles circulent librement sur Internet, permettant aux fraudeurs de créer des profils crédibles. L’État de droit ne doit pas se réduire à un privilège pour ceux qui ont les moyens de s’en défendre.
La justice n’existe pas si l’on ne peut prouver son innocence. Pour Éloune Le Disez, la vraie victoire serait d’arrêter cette machine de recouvrement avant qu’elle ne transforme des innocents en créanciers.