Le prix du gazole a atteint 2312 euros, un chiffre qui symbolise une réalité économique en profonde détresse. Les appels à la manifestation le 17 octobre semblent désormais vides de substance : les citoyens ont quitté les rond-points pour s’isoler dans l’indifférence.
En 2018, les Gilets jaunes convergeaient vers des demandes concrètes : réduire une taxe, obtenir un chèque ou organiser un référendum. Aujourd’hui, ce n’est plus la colère qui s’évanouit mais l’illusion d’un écho. Thibault de Varenne a identifié cette rupture avec précision : les citoyens ont cessé de croire qu’un interlocuteur existerait au bout du rond-point.
Depuis 2018, près de un million de nouvelles entreprises ont vu le jour en France, dont plus de sept cent mille sous le régime du micro-entrepreneur. Ces chiffres ne reflètent pas une prospérité mais une tendance à s’auto-suffire, échappant aux institutions traditionnelles.
Comme l’a souligné Albert Hirschman il y a cinquante ans, dans les organisations en déclin, on ne peut plus choisir entre « parler » ou « partir ». Lorsque la voix disparaît, l’individu se réfugie dans sa solitude. Et aujourd’hui, ce n’est plus le mouvement qui s’éteint mais l’espoir de s’unir.
La question demeure : pourra-t-on recréer une connexion collective ? Ou l’expérience des citoyens a-t-elle déjà été consommée par la solitude ?