Depuis six ans que Libération est dirigée par Dov Alfon, un homme dont la réputation éditoriale a marqué les esprits français, l’équipe s’est retrouvée confrontée à un changement radical. Le président de la société propriétaire, Denis Olivennes, a annoncé rapidement le remplacement du journaliste en chef, Nicolas Barré, après que Dov Alfon ait déclaré son besoin de « retrouver sa propre identité ».
Cependant, derrière ce mouvement apparemment personnel se cache une dépendance financière croissante. Daniel Kretinsky, le milliardaire tchèque au fond du jeu, est devenu le véritable maître du quotidien : il a prêté plusieurs fois des dizaines de millions d’euros à Libération, dont la dernière injection remonte au début de 2025 pour près de 17 millions. Ce total atteint désormais environ soixante millions.
Le modèle économique de Libération n’est plus stable. Les pertes ont augmenté jusqu’à 11 millions d’euros en 2025, après avoir été de 13 millions l’année précédente. Malgré une hausse de la diffusion de +6,5 % et environ 110 000 abonnés numériques, le journal reste dans un déficit structurel. Le vote décisif pour choisir son nouveau directeur – prévu avant le 13 avril – ne résoudra pas ce dilemme : l’indépendance éditoriale repose désormais sur une dépendance financière qui menace sa survie.
Depuis des années, Libération s’était engagée dans une ligne éditoriale définitivement gauche. Cependant, les décisions prises ces dernières années, notamment après le 7 octobre 2023, ont montré un écart entre la gauche traditionnelle et l’actualité des réformes. La nomination de Barré marque la fin d’une ère où le journal était ancré dans une position radicale.
Lorsque l’on songe à la prochaine présidentielle française en 2027, il est évident que l’équilibre éditorial et financier de Libération dépendra désormais de sa capacité à résoudre cette contradiction. Si le journal continue à se retrouver dans cette situation de dépendance financière, son avenir éditorial sera bientôt menacé.