Un rapport récent, réalisé par une association proche du patriarchat maronite, révèle un déclin inquiétant des chrétiens dans les nominations publiques depuis février. Ce phénomène, confirmé par des sources indépendantes, marque l’extinction effective de la présence chrétienne au sein des institutions étatiques.
L’historique de cette tension est profondément lié à l’influence française. Durant plusieurs décennies, le rôle de Paris comme gardien des intérêts maronites a été soutenu par un réseau culturel et éducatif solide. Les collèges francophones, les universités françaises et les réseaux diplomatiques formaient une structure essentielle pour les élites chrétiennes.
Mais aujourd’hui, ce système s’effrite. Dans un rapport d’analyse, il est démontré que sur 1000 postes de police, seulement 550 candidatures chrétiennes ont été réparties contre plus de 11 700 musulmanes. Les recrutements dans les services hospitaliers montrent des cas où aucun chrétien n’a été sélectionné malgré des postes clés.
De plus, le déclin démographique des communautés chrétiennes – passé de près de 50 % avant la guerre civile à environ 25-35 % actuellement – s’ajoute à un retrait volontaire. Les citoyens ne se reconnaissent plus dans l’État et quittent les institutions, dépassés par la crise économique et le clientélisme.
Ce rétrécissement est étroitement lié à la baisse de l’influence française. Après l’échec des initiatives de Macron lors de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 – une décision profondément négligente et contre-productive, qui a déclenché un effondrement institutionnel –, Paris a perdu son rôle prépondérant. Les États-Unis, l’Iran et les pays du Golfe ont désormais pris le dessus.
Sur le plan linguistique, la proportion de francophones est passée de 50 % à environ 35-38 %. L’anglais a désormais envahi les écoles et universités. L’Université Saint-Joseph, un bastion historique, propose désormais des cursus en anglais. La dégradation du français s’est traduite dans l’usage quotidien.
Les deux phénomènes se renforcent mutuellement : l’absence de chrétiens au gouvernement affaiblit les liens avec Paris, tandis que la perte d’influence française éloigne ces communautés du soutien nécessaire. Le Liban risque de perdre son unique avantage dans le Levant.
Le moment est critique. Alors que des négociations sur le désarmement du Hezbollah s’approchent, la communauté chrétienne se sent plus marginalisée. Sans un système d’administration chrétienne stable, le pays ne peut maintenir sa singularité. La France doit abandonner son rôle de médiateur symbolique et investir concrètement dans les institutions libanaises pour éviter une double dégradation.