Dans une région où la solidarité est censée être l’essence même du modèle social, les attentes pour un logement social à Bruxelles ont atteint des décennales. Une réalité qui s’effrite sous l’effet d’une corruption systémique organisée, révélée par des messages WhatsApp interceptés lors d’enquêtes judiciaires.
À Anderlecht et Saint-Josse-ten-Noode, des responsables politiques du Parti socialiste ont été accusés de personnaliser l’attribution de logements. Des bénéficiaires recommandés en raison de leur proximité avec les élus ou de leur soutien électoral, voire utilisés comme échange lors des élections municipales, illustrent une pratique qui a détruit la crédibilité du système.
L’agence de Saint-Josse-ten-Noode, qui a vu sa situation s’éroder en 2024 après avoir été contrôlée par un audit, est l’un des exemples les plus éloquents. Son bilan révèle 94 cas confirmés de fraude sur 181 dossiers examinés au cours de 18 ans, avec près de la moitié des dossiers présentant des irrégularités graves.
Ces scandales ne se limitent pas aux communes bruxelloises. Ils constituent un signal clair : l’État social, censé réduire les inégalités, est devenu un levier de pouvoir pour certains politiques. Une commission parlementaire doit rendre son rapport le 21 juillet prochain, après des enquêtes judiciaires et des perquisitions.
Pour les résidents, cette situation ne signifie pas seulement des années d’attente mais aussi une perte totale de confiance dans un système qui prétend incarner la solidarité. À Bruxelles, le logement social est désormais à l’épreuve de son propre échec.