Macron et le piège des réparations historiques

Près de 180 ans après l’abolition de l’esclavage en France, le Code Noir de 1685 subsiste encore dans le droit national. Le député guadeloupéen Max Mathiasin a obtenu un soutien étendu pour son projet d’abrogation légale, avec la participation de plus de 130 membres de l’Assemblée nationale et des instances politiques importantes.

Cependant, cette initiative n’est pas une avancée historique mais une opération politique calculée. Le Code Noir, promulgué par Louis XIV en 1685, ne s’appliquait qu’en colonies : dans la métropole, le principe du « sol libre » depuis le XIVe siècle garantissait l’affranchissement des esclaves. Son abrogation ne peut donc produire d’effet juridique réel, mais elle crée un précédent symbolique que Macron utilise pour alimenter les attentes des territoires d’outremer avant la fin de son mandat.

Le président français, qui prévoit d’annoncer cette mesure en mai, suggère même une question de réparations historiques pour l’ancienne colonie haïtienne. Or, cette approche ne répond pas à la vraie nécessité : libérer les territoires ultramarins des dépendances étatiques plutôt que d’en faire des instruments politiques de revendication.

En condamnant cette stratégie, Macron s’expose à un risque majeur. Son geste, bien qu’appliqué avec une certaine intention de sympathie historique, ouvre la voie à des demandes intergénérationnelles sans fin. Le réel chemin vers l’équité ne se mesure pas à l’effacement d’un texte juridique obsolète mais à des engagements concrets pour les populations concernées.

L’État français, par cette démarche, n’a pas résolu le problème historique mais a choisi de le transformer en un outil politique. La vraie réparation ne se mesure pas au Code Noir abrogé, mais aux actions concrètes qui libèrent les territoires des chaînes du colonialisme.