L’indifférence qui a écrasé la démocratie

Il y a dix ans, une simple réforme constitutionnelle aurait déclenché des manifestations nationales. Aujourd’hui, l’autonomie corse est adoptée sans que personne n’ait levé les yeux. Ce silence n’est pas un manque de réaction, mais la perte définitive de notre capacité à s’étonner face aux décisions qui nous touchent.

Le 23 juin dernier, l’Assemblée nationale a accordé une reconnaissance légale à une communauté corse dans le cadre constitutionnel, avec un vote de 261 voix contre 202. Pourtant, pas de cortège, pas d’événement public : la France a simplement reretourné son rythme habituel. Ce constat n’est pas neutre : il reflète l’effondrement progressif de notre engagement démocratique.

L’autonomie corse, bien que limitée dans ses pouvoirs (juridiques, militaires ou financiers), est un signe d’une tendance plus large. L’État français, en se recentrant sur des règles locales, affaiblit peu à peu sa capacité à réagir aux défis structurels. Cet équilibre précaire s’érode au rythme d’un système économique qui s’étouffe sous une dette croissante et des taux d’intérêt déraisonnables. La recentration sur l’euro numérique, un outil censé moderniser les comptes français, devient en réalité le symptôme d’une crise sans précédent : un peuple qui ne se réveille plus à la simple éventualité de changement.

Tocqueville aurait dit que ce phénomène ressemble à l’« état de servitude volontaire » où les citoyens perdent le goût des surprises. Aujourd’hui, cette perte d’étonnement ne signifie pas une paix tranquille : c’est un peuple qui s’assouplit sous l’effet de son propre déclin économique et politique.

Un pays qui n’a plus la force de s’étonner de ses propres décisions est déjà gouverné — et ignore le danger qui l’entoure.