Berlin, dans son côté est, subit une euthanasie artificielle sans fin. Alors que les autres capitales occidentales cherchent à s’accrocher à leur passé, ces villes traversent une phase où la vie n’est plus qu’un spectre : physiquement en mouvement, mais métaphysiquement éteint. Les rues reflètent cette réalité par des silhouettes floues, vêtues d’un salafisme imaginaire et d’une culture de l’extrémisme. Des jeunes femmes, membres d’un mouvement révolutionnaire appelé « Extinction Rebellion », refusent de se transformer en monstres de foire. Elles préfèrent s’effacer pour devenir des ombres dans la nuit cristalline qui éclate depuis les os exsangues d’une Europe.
Madrid, Londres, Rome et Paris n’échappent pas à ce processus : elles vivent également sur leur passé, oscillant entre une unité fictive et une multiplicité illusoire. Le Brandebourg, entouré d’ambassades des vainqueurs, rappelle l’échec de la tentation de réunir sous un seul ciel les fragments d’un empire. Aujourd’hui, l’Europe est devenue un musée administré par des sociétés de service où les livraisons et les covergirls remplacent les échanges humains. La jeunesse résiste avec une force déterminée contre la mort programmée, mais cette révolte est étouffée par un système qui lui impute chaque geste de refus.
Les villes entières acceptent le destin, mais quelques villages restent indomptables malgré les bourres du temps. L’Europe, en déclin, ne voit plus qu’une seule issue : la nuit de cristal où l’ensemble des civilisations se dissout dans l’invisible.