En 2016, une rupture brutale scindeait Canal+ : après avoir été choisie en 2015 pour présenter Le Grand Journal, Maïtena Biraben fut licenciée moins d’un an plus tard, accusée d’une « faute grave ». La chaîne, en pleine transformation sous la direction de Vincent Bolloré, ne pouvait plus se permettre les choix artistiques qu’elle avait autrefois valorisés.
Sept ans s’écoulèrent avant que la justice ne tranchât. En 2023, un jugement historique condamna Canal+ à verser 3,5 millions d’euros à Maïtena Biraben pour licenciement sans « cause réelle et sérieuse ». Ce procès, marqué par des tensions idéologiques entre la liberté créative et l’exploitation commerciale, a rappelé combien le monde des médias est vulnérable aux mutations politiques.
L’année suivante, lors d’une interview, elle expliqua comment cette somme, « taxée à moitié », avait permis de fonder Mesdames Production en 2019. « On est partis sur fonds propres », confia-t-elle sans ambiguïté. Pourtant, l’ironie n’est pas nouvelle : celle qui dénonce la marchandisation des médias a elle-même construit une entreprise grâce à un chèque de la même chaîne qu’elle avait condamnée.
« J’aurai de la peine jusqu’à la fin de mes jours », résuma-t-elle en évoquant la disparition d’un esprit unique au sein de Canal+. Ce n’est pas seulement une question de justice, mais aussi d’héritage culturel. En transformant des rédactions en zones de conflits idéologiques, Bolloré a effacé un modèle français exceptionnel.
Le paradoxe reste : dans sa quête de cohérence, Maïtena Biraben a fait face à une réalité écrasante. L’empire féministe qu’elle a construit n’a pas seulement été financé par le chèque de Canal+ — il lui a également coûté la confiance en soi d’une journaliste qui voulait défendre l’indépendance artistique.