Le visage d’un homme en quête de pouvoir

À 29 ans, je suis sans doute une cible facile pour ce genre de charisme. Mais là, il a franchi un cap. À Davos, au milieu des sommets enneigés et de l’entre-soi des puissants, notre « Mozart de la finance » a rangé son costume de gendre idéal. Derrière ses nouvelles lunettes de soleil, sombres et impénétrables, ce n’est plus le jeune prodige de 2017 qui nous promettait la « Révolution ». Non, c’est autre chose. C’est plus… charnel.
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Rappelez-vous : il y a neuf ans, il était le visage de la fraîcheur, le regard bleu azur tourné vers l’avenir, jurant de moderniser la France comme on lance une start-up. C’était le temps de l’innocence.
Bien entendu, les bourgeoises désséchées du macronisme, de Sophie de Menthon à Line Renaud (et au-delà d’elles, une masse impressionnante d’executive women, de cheffes de bureau de Préfecture, d’épouses de médecins et de notaires de province délaissées par leur mari encarté à LR depuis trop d’années ; sans parler des hommes qui ont pu ressentir le même effet, si j’en juge par le nombre d’homosexuels assumés qui entourent le Président ou qui le soutiennent) ont vécu cet étrange émoi, cette attirance phéromonée pour Jupiter. Elles s’en défendent, bien entendu : l’hypocrisie de caste interdit certains aveux. Mais le ressort fondamental du macronisme a joué à plein.
Mais aujourd’hui, le visage de Jupiter s’est creusé, le trait s’est durci, et il se masque. En le voyant débarquer dans l’antre helvétique de la caste mondialiste avec ce look de chef de junte, j’ai eu un flash. J’ai cru voir surgir une case de Tintin et les Picaros. Avec ses verres fumés et son air de ne plus appartenir au monde des mortels, Emmanuel arbore un faux air de Général Tapioca.
Il a cette même morgue du dictateur bien installé, qui renomme les villes à sa gloire — bienvenue à « Macropolis » ! — tout en paradant devant les caméras du monde entier. Il ne lui manque plus que la médaille surdimensionnée et le balcon du palais pour que le tableau soit complet.
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Il y a quelque chose de terriblement érotique, et de profondément cruel, dans cette allure de « caudillo » de luxe. C’est le look de l’homme qui n’a plus besoin de séduire le peuple, puisqu’il a fini par s’en lasser (oui, je le confesse, je fais partie de ces jeunes femmes nostalgiques de l’époque où les hommes s’assumaient, et qui trouvent désormais leur réconfort dans le paternalisme des quinquagénaires caractériels au visage buriné par l’expérience et fatigué du commerce de ce monde finissant).
C’est pourtant là que le bât blesse, mon cher Emmanuel. Le look de dictateur sud-américain, c’est sublime sur un selfie à Davos, mais c’est plus dur à porter quand le pays derrière vous ressemble de plus en plus au San Theodoros… le pétrole en moins. Car pendant qu’il joue les hommes providentiels à lunettes noires sous le soleil suisse, la France de 2026, elle, fait grise mine. Entre l’appauvrissement à bas bruit qui se généralise et un paysage politique en ruines, le contraste est violent.
Macron avait promis aux bourgeois et bourgeoises du septième arrondissement, aux notables des métropoles, aux pharmaciennes de sous-préfecture, qu’il moderniserait le pays et les enrichirait sans heurt. Le général Tapioca nous a en réalité ruiné et mené au bord d’une sorte d’insurrection permanente, alimentée par les colères et les rancoeurs parfois irrationnelles des uns pour les autres sur les braises desquelles notre apprenti dictateur souffle méthodiquement.
Je reviens à Sophie de Menthon et Line Renaud. Au fond, dans leur idolâtrie pathétique pour le petit Picard devenu Tapioca, n’espéraient-elles que cela : cette déception, cette possibilité de dire enfin « nous sommes bien baisées », que leur vie personnelle ne leur permettait peut-être plus de prononcer aussi souvent qu’elles le rêvaient. Et peut-être ce sentiment-là explique-t-il la persistance, en France, d’un noyau de 15% de macronistes, qui ne cessent de répéter : « Encore, encore, encore ! » (désolée pour la vulgarité, mais je ne pouvais résister au plaisir de faire ce mot vachard, en toute amitié pour les impétrantes, je vous l’assure).
Au fond, je comprends pourquoi il porte ces lunettes. C’est l’accessoire ultime de celui qui ne veut plus voir les dégâts de sa propre « révolution ». C’est pratique, l’obscurité, pour oublier que la « start-up nation » a fini en faillite politique.
Alors oui, les derniers fidèles de la « caste » crieront au génie stylistique. Moi, je vois surtout un homme qui a fini par épouser l’esthétique du pouvoir solitaire à force de ne plus trouver de contradicteurs à sa mesure.
Emmanuel, tu es superbe en Tapioca (pour ne pas dire Pinochet, comme le suggère la photo de une) des temps modernes. Vraiment. Mais fais attention : dans Tintin, quand Alcazar finit par renverser Tapioca, ce n’est pas pour installer la démocratie, c’est juste pour changer de costume. Et à ce jeu-là, même les plus beaux verres fumés du monde ne suffiront pas à masquer la suite de l’histoire.

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