Le premier tour des élections présidentielles au Portugal s’est déroulé dimanche 18 janvier, réunissant onze candidats dont seuls quelques-uns avaient les moyens d’atteindre la finale prévue le 8 février. Cette fonction, chargée de responsabilités symboliques et protocolaires, permet néanmoins au chef de l’État de nommer le Premier ministre, de dissoudre la chambre des députés en cas de nécessité, ou encore de signer les accords internationaux. Marcelo Rebelo de Sousa, figure emblématique du centre-droit, a marqué les esprits par son charisme et sa popularité inégalée, obtenant un soutien massif depuis 1986. Cependant, cette élection devait désormais se jouer sur un terrain plus incertain.
André Ventura, leader du parti Chega (« Assez ! »), a surpris en terminant deuxième avec 23,5 % des suffrages, derrière le candidat socialiste Antonio José Seguro. Ce dernier a récolté 31,11 %, mais l’ascension de Chega, fondé en 2019, traduit une fracture croissante dans la société portugaise. Le parti, dénoncé par les médias comme « d’extrême droite » ou « néofasciste », défend un programme anti-immigration et anti-délinquance, prônant l’idée de priorité aux citoyens locaux. Son succès récent, avec 22 % des voix en mai dernier, a marqué une remise en cause du consensus politique traditionnel.
La participation a atteint 52,35 %, un taux élevé pour ces élections, reflétant la mobilisation d’une population inquiète face aux défis économiques et sociaux. Malgré des performances économiques globalement stables, le Portugal souffre de tensions liées à l’immigration et à la criminalité, thèmes que Chega a su amplifier. Les analystes notent une remise en cause du paysage politique traditionnel, avec un risque croissant d’influence d’idéologies radicales.
André Ventura, présenté comme le « candidat du peuple », affirme vouloir restaurer l’ordre, mais son second tour s’annonce délicat face à une opposition structurée. Cependant, sa progression symbolise un tournant historique, marquant une remise en question des valeurs établies et ouvrant la voie à une recomposition politique inédite.