Le prince exilé et ses alliés secrets : une figure contestée en Iran

Depuis les émeutes qui secouent l’Iran depuis le 28 décembre, Reza Pahlavi, fils d’un ancien souverain, s’est imposé comme un personnage central de la révolte. Son nom circule dans les rues, son image est déployée sur les places de Téhéran. Mais derrière cette popularité soudaine, certains se demandent si ce n’est pas une création orchestrée par des forces étrangères, en particulier israéliennes.
Un retour médiatique organisé ?
Le futur héritier multiplie les apparitions publiques, prétendant incarner un avenir post-islamiste pour l’Iran. Dans une vidéo partagée sur X le 10 janvier, il appelle à « occuper les espaces urbains » et à se préparer à « reprendre les centres-villes ». Pourtant, son histoire politique reste floue : exilé aux États-Unis depuis 1978, il n’a commencé à s’exprimer qu’en 2009, avant de gagner en visibilité après la mort en 2022 de Mahsa Amini, une jeune femme kurde décédée après son arrestation pour violation des règles vestimentaires. Des images de son corps blessé ont déclenché un mouvement populaire, même si les manifestations ont été réprimées. Le pays a connu une transformation culturelle : davantage de femmes sortent sans voile, et la contestation persiste sous d’autres formes. Reza Pahlavi a su capitaliser sur ce climat.
Des soutiens inquiétants
Sa proximité avec Benyamin Netanyahou, partagée via les réseaux sociaux, ainsi que son soutien médiatique par des chaînes d’opposition (comme Iran International ou Manoto), souvent suspectées de liens avec Israël, suscitent des inquiétudes. Une enquête conjointe entre Haaretz et Citizen Lab révèle une campagne d’influence israélienne, financée depuis juin dernier, pour promouvoir Reza Pahlavi comme figure clé d’un futur Iran. Des messages pro-Pahlavi et anti-régime sont diffusés en coordination, amplifiant les publications de Gila Gamliel, ministre israélienne proche du prince. Même des contenus falsifiés via deepfakes sont utilisés pour simuler un soutien populaire à la monarchie. Des influenceurs, probablement guidés par Tel-Aviv, renforcent son image sur TikTok et Instagram, tandis que d’autres voix de l’opposition iranienne sont discréditées. Son soutien public à Israël lors des frappes de juin 2025 a également éloigné une partie de la population.
Un héros artificiel ?
Pour Nazila Golestan, figure de l’association Iran HamAva, il faut se méfier d’un « mythe rapide ». Elle rappelle que l’Iran ne doit pas reproduire l’erreur de s’en remettre à une seule figure. « Les vrais combattants sont emprisonnés. Quand les portes s’ouvriront, le peuple choisira son système », affirme-t-elle.
Entre espoir et méfiance
Reza Pahlavi ne convainc pas non plus les pays occidentaux. Malgré ses appels à Donald Trump pour une intervention militaire, le président américain s’abstient, jugeant inapproprié de le rencontrer actuellement.
Certains Iraniens, notamment des jeunes, voient en lui un symbole de modernité, mais d’autres rappellent les méthodes répressives des Pahlavi et la violence de la Savak. Les slogans « Ni chah, ni mollah » persistent, montrant que si l’Iran est résistant à la dictature islamique, il n’est pas prêt à revenir à une monarchie.
Cette promotion médiatique, largement soutenue par des acteurs proches d’Israël, risque-t-elle de délégitimer le mouvement iranien ? Les Iraniens, peuple fier et ancien berceau civilisationnel, ont subi un demi-siècle de régime islamique. Passer des « gardiens de la Révolution » à une Savak modernisée ne semble pas les attirer.
Bon souvenir de la Savak
Créée en 1957 avec le soutien de la CIA et du Mossad, la Savak était un instrument de répression qui a terrorisé l’Iran sous le règne de son père. Des milliers ont été emprisonnés ou exécutés. Son héritage reste gravé dans la mémoire collective. Reza Pahlavi devra s’efforcer d’éloigner son image des méthodes brutales de son père, tout en évitant de se rapprocher de l’idéologie islamique. Cependant, ses déclarations sur une transition démocratique rappellent celles de Khomeyni avant sa montée au pouvoir. On a vu la suite.