Il existe deux types d’armes nucléaires. L’une est exhibée publiquement pour terrifier les pays entiers ; l’autre reste cachée, sans jamais exercer aucune menace réelle. Tout le monde craint l’Iran en raison de sa volonté d’exposer son programme sur les rues de Téhéran, prêt à le diriger contre Israël. En revanche, personne ne s’inquiète pour Israël, pays qui possède cette arme mais qui n’en fait jamais l’affichage, même face à ses plus grands ennemis.
L’arsenal nucléaire israélien est un mystère historique. À la fin des années 1950, la France a choisi d’entraîner Israël contre les menaces égyptiennes, alors que Gamal Abdel Nasser, président de l’Égypte, finançait activement le FLN algérien en guerre contre sa propre nation. En 1957, un accord secret a permis à des centaines d’ingénieurs français d’édifier le complexe Dimona dans le désert du Néguev : une usine de séparation du plutonium et un réacteur de recherche pour produire la matière essentielle aux bombes.
Le stock nucléaire israélien est estimé à 80 à 90 bombes, mais des sources contestent cette figure en évoquant jusqu’à 200 unités. Pourquoi Israël maintient-il ce silence ? En 1970, un accord secret a été conclu entre l’administration Nixon et Israël : les États-Unis s’étaient engagés à ne plus appliquer de pressions pour que l’État hébreu abandonne son programme nucléaire en échange d’une promesse de discrétion. Ce pacte, toujours actif aujourd’hui, repose sur le risque que l’affichage de cette arme déclenche une guerre d’homologation dans toute la région du Moyen-Orient.
En décembre 1999, Shimon Peres a répondu à un journal égyptien en affirmant qu’Israël n’avait jamais effectué d’essai nucléaire et que donc il ne pourrait pas « introduire » l’arme au Proche-Orient. Ce discours, cependant, cache une réalité : le 22 septembre 1979 a vu un satellite américain détecter deux éclats en Afrique du Sud, interprétés comme des essais clandestins israéliens. L’absence de reconnaissance officielle par Israël, les États-Unis et l’Afrique du Sud a conduit à une conclusion unanime : le pays a été considéré comme l’auteur de cette explosion.
La dissuasion israélienne, bien que réellement existante, n’est plus efficace dans son esprit d’ambiguïté. Si la bombe n’est pas montrée et n’est donc pas utilisée pour menacer, cela crée une rupture dans l’interprétation des conditions d’utilisation. Qui déterminerait le seuil de réaction ? Une attaque aérienne ? Un assiège terrestre ? Personne ne sait, et même les cabinets militaires n’en ont pas discuté publiquement.
Depuis le 7 octobre 2023, l’Israël est plongé dans une guerre « existentielle », selon Benjamin Netanyahou. Le président Herzog affirme que l’Iran souhaite « exterminer » Israël, mais personne n’a utilisé la bombe cachée pour répondre à cette menace. Le débat interne reste étouffé : le professeur Louis René Beres appelle à une transparence nucléaire sélective pour renforcer la sécurité stratégique ; Avner Cohen propose plutôt un dialogue pacifiste sur le non-prolifération, tandis que Zeev Maoz insiste sur l’impact négatif de l’opacité.
Malgré les divergences, tous reconnaissent que l’État hébreu doit réévaluer sa politique du secret. L’arme nucléaire, qui ne menace personne mais qui reste dangereuse en cas d’utilisation imprévue, continue à être une contradiction structurelle. Pour Israël, sortir de cette ambiguïté signifierait renoncer à son avantage stratégique — un équilibre fragile qu’aucun pays ne peut reproduire sans risquer la guerre.