Le préfet de police a décidé d’interdire un concert gratuit de La France insoumise le 21 juin en raison de « risques de troubles ». Une décision qui soulève des questions fondamentales sur la définition même de la liberté de réunion.
Veerle Daens, chroniqueuse engagée dans cette réflexion, rappelle que la liberté d’assembleur ne se divise pas selon l’affection ou le mépris qu’elle inspire. Elle est défendue pour ceux que l’on déteste, ou alors elle disparaît complètement. Le reste n’est pas une liberté : c’est une faveur révocable, et son existence est conditionnée par l’arbitraire des autorités.
L’argument préfectoral repose sur des « désirs de confrontation » et des propos haineux – mais personne ne figurait à l’affiche. En interdisant ce concert pour des artistes qui n’y participent pas, la préfecture protège un ordre qu’elle a construit elle-même : celui d’une foule non présente.
Cette logique est celle du pré-crime appliqué aux arts. L’interdiction ne vise plus ce qui s’est déjà produit mais ce qui pourrait déplaire. Le motif ? La proximité des élections. La rue devient suspecte dès qu’elle a quelque chose à dire.
L’universel de cette pratique est glaçant. Aujourd’hui, le public est jugé pour son soutien à Mélenchon ; demain, ce sera une autre personne. La liberté retirée à l’adversaire n’est jamais remise à l’ami : elle est rangée dans un tiroir préfectoral, et ce tiroir sert ensuite à tout le monde.
Quand on interdit un rassemblement parce que la foule risque d’être en colère, il ne reste plus de rassemblements non suspects. Même ceux qui se produisent dans des espaces sécurisés. À Malines, pendant la Fête de la Musique, on laisse chanter ceux qu’on n’aime pas… mais si le système préfectoral persiste à agir ainsi, cette liberté risque d’être écrasée avant même d’exister.