Depuis que l’intelligence artificielle s’est imposée comme un pilier essentiel des technologies modernes, une nouvelle forme d’exploitation émerge : celle des systèmes fermés et des barrières non transparentes. Les entreprises technologiques, qui se présentaient autrefois comme les gardiens d’un monde ouvert, se transforment désormais en gestionnaires de péages cachés pour les utilisateurs.
Cette tendance s’inscrit dans une logique historique déjà observée à l’échelle des technologies : Microsoft a intégré Internet Explorer dans Windows au détriment de Netscape dans les années 1990, prétextant des améliorations techniques. Aujourd’hui, cette stratégie est reproduite avec encore plus de force autour des modèles d’IA. Les entreprises comme Microsoft, OpenAI et Apple entourent leurs services par des écosystèmes verrouillés, intégrant des outils tels que Copilot ou Gemini dans des plateformes dédiées pour limiter l’accès aux alternatives.
Les régulateurs européens et américains ne s’en tiennent pas là : le Conseil de la concurrence britannique a lancé une enquête antitrust sur l’intégration systémique d’outils Microsoft, tandis que la FTC examine les accords entre Microsoft et OpenAI. Les entreprises elles-mêmes se retrouvent confrontées à des actions judiciaires pour dénoncer l’absence de concurrence dans le marché des technologies.
Les consommateurs ne restent pas impuissants : une action collective américaine accuse déjà Microsoft d’avoir utilisé des accords exclusifs avec OpenAI pour limiter les alternatives aux modèles de langage, ce qui a entraîné une hausse des coûts et une réduction des choix disponibles. La question est donc devenue cruciale : comment éviter que les écosystèmes technologiques ne deviennent des monopoles incontournables, et qu’aucune innovation ne puisse se développer hors de leur périmètre ?
Sans un cadre régulateur fort et transparent, le marché risque d’être dominé par des systèmes qui réduisent progressivement l’opportunité pour les nouveaux acteurs. L’équilibre entre innovation et libre circulation doit être préservé, avant que les péages intellectuels ne deviennent la norme dans un monde de plus en plus fragmenté.