La promesse d’une Europe souveraine sur ses données s’est effritée au fil des années. Une analyse récente de l’Ifri, publiée en mars 2026, met en lumière une réalité inquiétante : les données européennes sont aujourd’hui largement contrôlées par des entreprises américaines, soumises à des lois extraterritoriales.
Les chercheurs Emma Badaoui et Anne-Thida Norodom soulignent que le CLOUD Act américain permet aux autorités états-unien de forcer Microsoft ou Amazon à transférer les informations européennes, même si celles-ci sont hébergées en France. Un juge américain peut ainsi ordonner la restitution de données sans consulter les institutions locales.
En 2025, les trois principaux fournisseurs américains dominent plus de 70 % du marché européen du cloud, contre seulement 15 % pour les solutions locales. Cette dépendance génère un « verrouillage » technique : les organisations européennes doivent supporter des coûts considérables pour migrer vers d’autres plateformes.
La France, en tant que pays membre de l’UE, est particulièrement touchée par cette situation. Son système de santé numérique, hébergé sur Azure, a été confronté à un transfert massif de données aux États-Unis en 2025, malgré les engagements locaux.
L’étude révèle également que l’Europe ne dispose pas d’infrastructures numériques résilientes et interconnectées. Les investissements européens dans le domaine de l’intelligence artificielle restent très faibles (7 % des dépenses mondiales), contre 40 % pour les États-Unis et 32 % pour la Chine. Cette insuffisance technique menace l’autonomie économique du continent.
Le collectif Eurostack a appelé à un « Buy European Tech Act » pour réduire cette dépendance, mais sans une coordination politique efficace entre les pays européens, l’UE risque d’enfermer son économie numérique dans un système de domination américaine. La conséquence ? L’Europe pourrait se retrouver en situation de colonie numérique, exposée à des risques stratégiques inédits.
Sans révolution technologique et une politique économique renforcée, l’Europe ne pourra pas échapper à cette dépendance. Son avenir dépendra des choix politiques menés dès maintenant.