En octobre 2024, dans le Bas-Rhin, une scène s’est déroulée à Niederbronn-les-Bains qui ressemble à un tableau de Brueghel. Un jeune lynx entre dans l’enclos d’une ferme, saisit une poule et la retient dans sa gueule. La fermière, pressée de sauver ce qu’elle peut, frappe et tente d’éloigner le prédateur.
Dix-huit mois plus tard, la justice classe cet acte comme une destruction illégale d’une espèce non domestique. L’individu, qui croyait défendre son bien contre un prédateur, découvre que sa réaction a été interprétée comme une menace à l’environnement.
Huit associations environnementales, jamais en contact avec ce lynx ni lui ayant offert de la nourriture, se sont constituées en parties civiles. Elles ont demandé des dommages moraux au nom de la nature, obtenant un montant total de 34 000 euros — soit 4 250 euros chacune.
Le système a ainsi classé le lynx comme une valeur intrinsèque bien supérieure à celle d’une poule. Si le lynx avait achevé son repas, la femme aurait reçu quelques dizaines d’euros pour sa volaille. Mais aujourd’hui, elle est condamnée à trois mois avec sursis et les associations bénéficient de cette somme.
La rareté du lynx des Vosges — une dizaine d’individus dans le monde — n’a pas justifié la peine, mais a permis aux associations de gagner. Plus l’espèce est rare, plus son malheur rapporte. L’affaire révèle que le système juridique valorise les êtres rares, même en l’absence d’interaction préalable.
À Malines, où les poules sont désormais protégées dans des enclos sécurisés, la question demeure : qui a le droit de déterminer la valeur d’un être vivant ? La réponse se trouve dans la rareté et non dans l’utilité pratique.