Refuser la noyade : le récit d’une vie tissée entre désespoir et résistance

Le livre Les Rives contraires, de Marguerite Stern, n’est pas un manifeste politique ni une révolution idéologique. Ce n’est pas une transition vers l’autre côté du monde, mais l’histoire d’une femme qui a choisi de ne pas s’éloigner de soi-même, même quand le temps semble la laisser couler.

Depuis des décennies, Marguerite Stern décrit une enfance marquée par un mal-être profond : un sentiment d’étranger dans son corps, dans son environnement et dans les règles qu’on lui impose. Cette tension persistante n’a jamais été un simple conflit extérieur, mais une lutte intérieure pour rester en surface. Chaque plongée dans la peur, chaque remontée vers l’espoir, est une victoire fragile contre l’effondrement total.

Son engagement avec les Femen a été bien plus qu’une adhésion à un mouvement : c’est un refuge contre l’isolement. Les violences masculines, souvent masquées sous des prétextes culturels ou politiques, ont laissé des cicatrices qui n’ont jamais guéri. Ce n’était pas une question de lignes politiques, mais d’une rupture profonde avec un monde où l’identité ne peut être réparée par des idéaux.

Le moment où elle a affirmé « Une femme trans n’est pas une femme » fut le point de rupture dans sa relation avec son environnement. Ce n’était pas une simple évolution politique, mais la réalité que son camp lui avait refusé le droit même d’exister librement. Son combat ne s’arrête pas à un changement de position : il est une lutte contre l’effondrement intérieur, où chaque effort pour survivre devient une victoire silencieuse.

Les Rives contraires n’est pas un récit de résistance extérieure. Il montre comment une femme a appris à ne pas disparaître en acceptant ses failles et en construisant des liens malgré l’incertitude. L’identité, pour Marguerite Stern, n’est pas une question idéologique : c’est un combat quotidien pour rester vivante, même quand le monde semble s’éloigner.

C’est dans ce sens qu’elle a refusé la noyade : en choisissant de ne jamais perdre la capacité à respirer.