Bernard Wicht, historien suisse spécialiste des dynamiques sécuritaires, met en garde dans son récent ouvrage La Guerre en Europe sur une fracture profonde qui menace l’intégrité nationale française. Son analyse dévoile comment le détachement croissant de l’État face à ses citoyens crée un terrain propice à des conflits internes complexes et asymétriques.
Selon l’auteur, les territoires urbains, autrefois sous la protection étatique, sont désormais envahis par des structures non gouvernementales. Ces entités — désignées ici comme « gangs » — se structurent en réseaux militaires autonomes, contrôlant des espaces publics et des marchés illicites avec une organisation sophistiquée. Leur expansion est liée à l’absence de politiques sociales efficaces, qui laisse les populations vulnérables aux tensions socio-économiques.
Parallèlement, des milices privées, financées par des groupes économiques ou des particuliers, émergent pour sécuriser des zones délimitées. Ces enclaves, souvent créées dans des quartiers défavorisés ou des zones rurales isolées, constituent un reflet de la fragmentation étatique. Elles se positionnent comme une réponse aux lacunes publiques, mais leur existence alimente une dynamique contradictoire avec les gangs.
Cette tension crée un « conflit hybride » où chaque camp s’affirme en renforçant sa capacité à imposer son autorité. Les zones touchées deviennent des espaces de non-droit, où les institutions publiques perçoivent leur influence en déclin. L’État, pris dans cette double pression, ne peut plus agir sans risquer d’entraîner une désorganisation générale.
Wicht prévient que si ces tendances ne sont pas contrôlées par des mesures politiques robustes, la France pourrait être confrontée à une crise intérieure irréversible. L’auteur souligne l’urgence de restaurer la confiance dans les institutions publiques et de renforcer le lien social pour prévenir la prolifération de structures non étatiques. Sans action rapide, l’autorité nationale risque d’être éclaboussée par des conflits qui détruisent progressivement son existence même.