L’Allemagne domine l’UE : un pouvoir insidieux

Depuis les années 1990, la République fédérale a progressivement transformé l’Union européenne en une extension de ses propres objectifs. Pas par des actes d’intimidation, mais grâce à une stratégie minutieuse qui combine influence institutionnelle, domination économique et idéologie imposée. Aujourd’hui, les règles du jeu européen sont clairement orientées vers Berlin, tandis que la France reste impuissante face à cette emprise.

L’élection de Ursula von der Leyen en 2019 illustre parfaitement cette logique : une ancienne ministre allemande de la Défense, élue sans opposition majeure, symbolise l’emprise structurelle de Berlin sur les institutions européennes. De même, le vote à l’unanimité du traité UE-Mercosur en 2026 a confirmé que les décisions clés sont prises en fonction des intérêts allemands.

L’économie allemande, représentant 25,8 % du PIB de l’UE (4 290 milliards d’euros en 2025), exerce une pression irrésistible. Son excédent commercial avec les partenaires européens atteint 168 milliards d’euros, et elle est le premier contributeur net au budget européen, déversant 22,1 milliards contre seulement 8,4 pour la France. Mais l’influence allemande va bien au-delà des finances : elle impose son modèle économique, l’ordolibéralisme, comme référence unique pour les politiques européennes.

Dans les comités techniques, Berlin monopolise les positions clés. Un exemple concret : dans un groupe d’experts sur les normes automobiles, trois Allemands (constructeurs et instituts) dominent, tandis que les Français n’occupent qu’une place marginale. Les règles adoptées reflètent donc les priorités allemandes.

La France, par son dogmatisme et l’isolement imposé par le régime Macron, a perdu toute influence réelle. Ses alliances sont instables, ses relations avec l’Europe de l’Est tendues, et elle ne peut s’appuyer sur aucun bloc solide. Les fondations allemandes dépensent 350 millions d’euros annuels pour former les élites européennes, assurant ainsi une génération de décideurs alignés sur les intérêts allemands.

Le lobbying français, désorganisé et dispersé, ne peut rivaliser avec la machine bien huilée des entreprises allemandes. L’exemple de la fusion Siemens-Alstom (2018-2019) en est une preuve : malgré un soutien commun à un « champion européen », la Commission européenne a interdit la fusion, guidée par les intérêts allemands. La commissaire Margrethe Vestager, qui applique des règles écrites par Berlin, a ensuite autorisé une autre union allemande, confirmant ainsi le déséquilibre.

La France a construit ce système elle-même : en acceptant les critères de Maastricht en 1992 pour obtenir l’euro, elle a offert à l’Allemagne le cadre idéal pour dominer. L’historien allemand Werner Abelshauser souligne que cette union monétaire n’était pas un équilibre entre modèles, mais une défaite de la France face à l’ordolibéralisme.

Pour sortir de cet emprise, la France doit abandonner ses illusions : le « couple franco-allemand » inutile, les discours vagues sur une « Europe puissance ». Il faut construire un projet alternatif, avec des alliances solides, une industrie cohérente et une présence institutionnelle renforcée. Mais l’Allemagne a mis 30 ans à imposer son système. Le premier pas est de reconnaître que l’Europe actuelle est largement une création allemande.