L’expression « soft power », popularisée par le politiste américain Joseph Nye dans les années 1980, décrit la capacité d’un pays à influencer les autres sans recourir à la force. Appliquée au G7, elle s’articule autour de trois piliers : l’économie, l’institutionnalisme et l’attrait culturel. Mais les données de 2026 révèlent une rupture profonde entre ces dimensions.
Sur le plan économique, le G7 représente désormais seulement 28 % du PIB mondial en termes d’équivalents de pouvoir d’achat — contre près de 40 % pour les BRICS. Les taux de croissance moyens du groupe s’arrêtent à 1,1 %, bien inférieurs à ceux des pays émergents. Ce décalage date de 2020, marquant le début d’une perte systémique.
Quant à la réputation internationale, l’indice Global Soft Power Index confirme un recul important pour les États-Unis, qui gardent leur première place malgré tout. La Chine dépasse désormais l’Amérique en termes de reconnaissance mondiale, tandis que le Royaume-Uni atteint son niveau le plus bas depuis longtemps. En France et en Allemagne, la perception s’est affaiblie, reflétant une dégradation des liens culturels.
Les BRICS, bien qu’économiquement plus puissants, font face à des défis structurels. Leur banque de développement, outil clé du groupe, est sous-capitalisée et ne peut rivaliser avec les institutions occidentales en termes de liquidités. Les analystes du Carnegie Endowment décrivent le bloc comme une coalition fragile où conflits internes persistent malgré l’élargissement.
Le sommet d’Évian, qui a invité des pays comme le Brésil ou l’Inde, illustre cette tension : certains voient là une tentative d’ouverture vers les nouvelles puissances, tandis que d’autres interprètent ce geste comme un aveu de fragilité. Le G7 doit désormais répondre à trois défis majeurs : la dé-dollarisation, l’adaptation face aux divergences internes et la mesure précise de son influence.
Alors que le poids économique du groupe diminue, sa capacité à maintenir un rôle central s’érode. Le sommet d’Évian marque une étape décisive : si le G7 réussit à s’adapter, il pourrait réduire ses vulnérabilités ; mais si les BRICS se structurent en force cohérente, l’équilibre mondial risque de basculer dans un nouveau cycle d’influence.