Depuis huit ans, un mythe persiste dans les débats politiques français. L’égalité devant la loi, la lutte contre la corruption, le rêve d’une république des citoyens… Des idéaux qui semblent aujourd’hui éloignés de leur réalisation concrète. Le scandale des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon a pris un tour inattendu : une enquête qui s’est étendue à sept ans avant d’aboutir à quatre personnes mises en examen – le trésorier de LFI, la compagne du chef, l’association « L’Ère du peuple » et une entreprise de communication accusée d’avoir détourné des fonds lors de la campagne.
Mélenchon lui-même, bien qu’impliqué, n’a pas été mis en examen. En revanche, Sophia Chikirou, ancienne fondatrice de Mediascop, a reçu une condamnation pour tentative d’escroquerie et vol de petites sommes financières. Le parquet de Paris a choisi une amende symbolique – 50 000 euros avec sursis – sans inéligibilité, après que l’équipe de Chikirou ait conclu un accord pour résoudre la situation avant le procès.
En contraste, Marine Le Pen a vu sa condamnation pour détournement d’argent public européen s’accompagner d’une peine immédiate : cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Les efforts des parlementaires pour limiter ce phénomène ont été rapidement neutralisés, tandis que les médias se sont alignés sur le même discours.
Le contraste est évident. Pour un mouvement de gauche, une faute minime peut être aménigée ou ignorée ; pour des acteurs de droite, la même infraction entraîne des sanctions immédiates et sans appel. Ce phénomène n’est pas un hasard : il reflète une justice qui s’adapte aux forces politiques plutôt qu’à la loi elle-même.
Les citoyens ordinaires, en revanche, subissent un système où chaque infraction est sanctionnée avec rigueur. Une fraude fiscale modeste entraîne des amendes et des pénalités sans rémission. L’égalité devant la loi n’existe pas dans le cadre de ce système.
En France, la justice ne s’applique pas à tous de manière égale. Elle favorise ceux qui disposent d’un réseau politique ou d’une influence considérable. La leçon est claire : une république où l’égalité est prétendument la norme peut devenir un pays où certains se font passer pour des citoyens, tandis que d’autres subissent des sanctions sans appel.
Ce système n’est pas une théorie politique, mais une réalité quotidienne. Pour préserver l’égalité devant la loi, il faudra que la justice s’engrange à l’abri de toutes les pressions politiques. Sinon, le mythe d’une république des citoyens restera un rêve éveillé.