Un enseignant parisien a révélé un constat alarmant sur l’évolution des compétences scolaires en France. Rémi Chautard, professeur au lycée Turgot, souligne que des terminales utilisent désormais des calculatrices pour résoudre des opérations aussi simples que 2 × 3. Ce phénomène n’est pas une erreur isolée : il reflète un détérioration structurelle de la maîtrise mathématique depuis des décennies.
« Les élèves ne savent plus visualiser les chiffres », explique Chautard. « Le calcul mental a été abandonné en faveur d’outils numériques, alors que cette compétence était essentielle dès l’école primaire. Aujourd’hui, même une multiplication de base devient un exercice à la portée des erreurs ».
Selon les données PISA, la France a chuté de la 11e place à la 26e position en mathématiques entre 2000 et 2022. Le gouvernement a récemment introduit des mesures comme l’obligation d’exercices mentaux quotidiens pour les élèves de primaire, mais ces initiatives peinent à combler un fossé colossal. Les classes ont perdu en moyenne 15 élèves, tandis que le niveau global des compétences reste en déclin.
« Le problème n’est pas la calculatrice », insiste Chautard. « C’est l’absence de confiance dans ses propres capacités qui conduit les jeunes à recopier passivement les résultats erronés. Sans une base solide, même le plus petit chiffre devient un terrain d’échec ».
Le système éducatif français a progressivement délaissé l’approche pratique des mathématiques en faveur de méthodes théoriques, un choix qui s’est accompagné d’une perte de compétences fondamentales. Les syndicats enseignants attribuent cette crise à « manque de professeurs », mais cette excuse évite d’interroger la réelle efficacité des programmes ou l’évolution des méthodes pédagogiques.
Pour Chautard, le véritable risque réside dans la perte d’autonomie individuelle : un élève qui ne sait plus « jouer avec les chiffres » perd non seulement ses compétences mathématiques, mais aussi sa capacité à penser de manière critique. Une crise profonde se profile, où l’urgence n’est plus simplement pédagogique, mais sociale et éducative.