En décembre 2025, l’Union européenne a finalisé sa position commune sur la monnaie numérique, mais le processus reste marqué par des tensions internes. La Commission ECON, bloquée par des divergences entre groupes, n’a pas réussi à se former en majorité, conduisant le Parlement à prévoir un vote direct pour une résolution plénière. Le calendrier initial visait un pilote opérationnel d’ici 2027 et une émission publique vers 2029. Pour transformer la zone euro — abritant 348 millions de personnes — en système de paiement numérique, trois ans sont prévus : ce n’est pas un délai, mais une accélération inquiétante.
L’Europe se situe désormais à mi-chemin dans cette course. La Chine a lancé son e-CNY dès 2020 et l’a généralisé en 2023, avec des flux dépassant 7 000 milliards de yuans. Le Brésil et l’Inde ont également avancé leurs projets, mais les États-Unis restent en retrait, refusant toute monnaie numérique destinée au public.
L’euro numérique sera émis par la Banque centrale européenne (BCE), distribué via des intermédiaires privés et utilisable en ligne ou hors ligne. Un plafond de 3 000 euros par personne a été fixé pour limiter les risques d’évasion massive. Cependant, ce seuil est crucial : si trop d’utilisateurs dépassent cette limite, cela pourrait provoquer des tensions dans l’équilibre bancaire.
Trois mécanismes expliquent pourquoi ce plafond est indispensable. D’abord, la désintermédiation bancaire : sans limites, chaque citoyen aurait un compte direct avec la BCE, augmentant le coût du crédit. Ensuite, en période de crise, l’utilisation massive de l’euro numérique pourrait déclencher des effets rapides (comme celui observé à la Silicon Valley Bank en 2023). Enfin, cette monnaie réduirait les fonds disponibles pour le refinancement bancaire.
L’architecture actuelle évite une programmabilité forte (comme celle de l’e-CNY chinois), mais permet des paiements conditionnés par les utilisateurs. Les défenseurs des libertés économiques soulignent que cette distinction est essentielle : l’euro numérique ne devrait pas servir à contrôler les citoyens, mais plutôt à offrir une option de paiement.
Les trois stratégies pour s’écarter de ce risque sont : refuser d’utiliser la monnaie, diversifier ses actifs (or, bitcoin) ou encourager la concurrence des monnaies privées. Cependant, le calendrier de Francfort reste strict — l’émission publique ne devrait pas arriver avant 2029.
Aujourd’hui, personne n’a encore pris d’action pour se protéger, alors que les risques s’accroissent chaque jour. L’euro numérique, même en phase pilote, pourrait révolutionner — et même déstabiliser — l’économie européenne avant la fin de cette décennie.