À Cannes, près de six cents figures du cinéma ont publié une déclaration intitulée « Zapper Bolloré » qui a rapidement suscité un vif débat. Ce texte alerte sur le risque que Canal+ (Vivendi) et son expansion au capital d’UGC entraînent une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif français.
Le groupe Canal+ a répondu en annonçant un boycott des signataires, qualifiant cette position de « hors de propos ». Cette réponse a été interprétée comme une mesure défensive stratégique.
Pendant des décennies, le cinéma français a été largement dominé par des courants idéologiques de gauche, soutenus par des subventions et des structures institutionnelles. Ces tendances ont conduit à des productions répétitives, éloignées du public et moralement préconçues. Les comédies trop conventionnelles, les drames sociaux rigides et les films d’auteur subventionnés peinent aujourd’hui à remplir les salles.
Vincent Bolloré, entrepreneur reconnu pour ses méthodes pragmatiques, a investi massivement dans l’audiovisuel au moment où de nombreuses entreprises fuyaient le risque. Canal+ finance une part significative des films français. Le groupe vise désormais à contrôler davantage chaque étape du processus : production, distribution et diffusion.
Les signataires sont critiqués pour leur réaction hystérique face à cette évolution industrielle, alors que des problèmes similaires ont été longtemps ignorés par le système culturel. L’absence d’indignation lorsqu’on observait TF1 ou France Télévisions orienter leurs lignes éditoriales illustre cette contradiction.
La vraie question n’est pas Bolloré ni son entreprise, mais la santé du cinéma français. Un cinéma vivant exige une diversité réelle : des voix politiques, économiques et sociales variées. Il est essentiel d’éviter que le pouvoir ne se concentre sur un seul type de pensée acceptable.
Les Français désertent les salles quand l’offre est trop homogène. Canal+ a tout intérêt à proposer des contenus plus adaptés, moins moralisateurs et plus captivants. C’est ce que beaucoup craignent : la possibilité pour le public de choisir librement.
L’hypocrisie des acteurs culturels est bien plus critique que toute allégation de menace fasciste. Le véritable défi réside dans une démocratie culturelle où chaque voix a une chance d’être entendue, plutôt que de se limiter à des pétitions de Cannes.