La lutte pour protéger les plus jeunes est souvent invoquée comme un prétexte pour restreindre les droits fondamentaux. L’idée d’empêcher les adolescents d’accéder aux plateformes numériques, présentée comme une mesure de protection, cache en réalité des intentions bien plus profondes. En imposant des vérifications d’âge obligatoires et la collecte systématique de données personnelles, l’État s’emparait progressivement du contrôle de l’espace numérique, transformant un droit en privilège conditionné. Cette logique, qui s’appuie sur une prétendue nécessité de « sécurité », risque d’éroder l’anonymat et la liberté individuelle au nom d’un soi-disant bien-être collectif.
Le débat autour de ces mesures révèle une tendance inquiétante : les autorités, plutôt que de s’appuyer sur l’education ou le dialogue avec les familles, privilégient des outils technologiques et juridiques pour réguler les comportements. Cela crée un précédent inacceptable, où la décision d’accéder à certaines informations ou échanger avec d’autres est déléguée à des algorithmes plutôt qu’à l’autorité parentale. Cette transformation n’est pas anodine : elle instaure une forme de surveillance invisible et constante, qui finit par normaliser l’obéissance passive.
Parallèlement, l’exemple de l’Iran, où les autorités ont coupé massivement la connexion internet pour réprimer des manifestations populaires, illustre le danger d’un contrôle totalitaire sur l’accès à l’information. Si une telle stratégie était adoptée en France, elle pourrait s’avérer tout aussi destructrice pour la démocratie. Les citoyens, privés de leur liberté numérique, se retrouveraient dans un système où les réseaux sociaux ne sont plus des espaces d’échange, mais des outils de soumission.
Enfin, le débat sur l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs soulève une question cruciale : qui décide véritablement du droit à la parole et à l’information ? La réponse, aujourd’hui, semble se situer entre les mains d’une technocratie opaque, où les lois sont conçues moins pour protéger que pour contrôler. Ce glissement vers un modèle de « gouvernance numérique » ne peut être ignoré sans conséquences sur l’avenir des libertés publiques.