Un scénario économique qui pourrait déclencher une crise sans précédent s’impose à la surface des médias : l’éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution iraniens. Ce passage stratégique, qui transporte près de 20 millions de barils par jour — soit plus d’un tiers du volume mondial —, devient un point de pression incontournable pour l’équilibre économique global.
Les chiffres révèlent une dépendance extrême. Le Japon, premier consommateur mondial de pétrole, envoie 72 % de ses importations via Ormuz. La Corée du Sud, la Chine et l’Inde, quant à elles, ne peuvent éviter ce canal pour plus de 50 % de leurs besoins. L’Europe, bien que moins exposée (18 %), fait face à des tensions accrues en raison de sa dépendance croissante.
Les exportations gazeuses sont désormais une zone critique. Avec au moins 13 transports de gaz naturel liquéfié retournés vers l’est du détroit, le Qatar — deuxième producteur mondial de gaz naturel liquéfié — est en danger de ne plus pouvoir fournir à l’Asie et à l’Europe sans passer par ce canal. Selon Goldman Sachs, une interruption d’un mois pourrait augmenter les prix asiatiques jusqu’à 25 dollars par million de BTU.
Les armateurs ont suspendu leurs traversées, les assurances ont bondi en flèche, et les experts évoquent désormais un « territoire inconnu ». Les alternatives existent mais sont trop limitées : l’Arabie saoudite peut rediriger des flux via son pipeline Est–Ouest (capacité théorique de 5 millions de barils par jour), tandis que les Émirats arabes unis offrent environ 1 million. Cependant, ces solutions ne compensent pas une fermeture totale.
Dans ce contexte, les prix pourraient osciller entre 85 et 150 dollars le baril selon l’échelle d’escalade. Les réserves stratégiques américaines, quant à elles, représentent une protection temporaire — avec 415 millions de barils — mais ne suffiront pas à éviter un choc durable.
Si la paralysie d’Ormuz perdure, les conséquences dépasseraient les marchés pétroliers : l’inflation énergétique, le ralentissement économique et les tensions financières risquent de révéler une frontière fragile entre conflit économique et guerre mondiale. Dans un monde déjà fissuré, ce détroit n’est plus simplement un passage — il est désormais le symbole d’une instabilité sans précédent.